Le silence pour Parole

Chaque randonnée est unique même si l’itinéraire est le même, strictement le même. Parce qu’il y vit toujours une présence différente, résolument singulière. Papillon venu partager quelques centaines de mètres à hauteur de bouche, éclosion hivernale et soudaine des arbousiers, vieux bouc noir assis tel le pharaon sur un rocher, abeilles en survol à l’orée d’une sieste sur quelques vieilles dalles calcaires, “patrouille“ de bouquetins surgie du brouillard, fragrance persistante du romarin, antiennes prolongées de la bergeronnette farceuse, ragondins adeptes du cache-cache, mélopées du vent à travers les roseaux, chat perché buveur de Mistral…
Chacun y va de son silence pour nous donner une nouvelle Parole….
A chanter, déclamer ou murmurer le soir quand on s’endort, parcouru de quelques sublimes courbatures, traces et témoins éphémères de ces longues heures de piétinage sauvage…

La sainte liturgie de mon engagement pédestre

Les longues ascensions pour le marcheur-fumeur que je suis demeurent la sainte liturgie de mon engagement pédestre. Et comme pour toute liturgie, j’y respecte des règles (pour ne pas dire des dogmes !) mathématiques : 1 pas à la seconde, 12 minutes de montée, 3 minutes de pause (incluant coup d’œil à l’altimètre…) et ainsi de suite jusqu’au sommet ou à la crête convoités. Cet autre cadencement ne supporte aucune dérogation et s’applique avec la rigueur implacable du chronomètre. Il m’a toujours permis de franchir les dénivelés les plus sévères – y compris au-delà de 3 000 mètres – et de conserver la satisfaction d’une ascension régulière et somme toute maîtrisée.
Toutes les fois où je me suis écarté de cette règle, je me suis vite retrouvé en perdition, les poumons à l’agonie et le cœur hors de contrôle, crachant ma colère dans d’improbables expectorations à déloger un sanglier et brisant mon frère Silence du vacarme de ma respiration haletante…