J’ai toujours eu en moi un côté Midinette, un peu « Fan de »… « Jeune et Jolie » masculinisé… assumé et même revendiqué…
Aussi je ne peux que m’amuser de ma futilité quand une chanson légère écoutée en boucle m’emmène au loin. Ce fut le cas avec le titre Litoranea de l’égérie pop italienne Elise rejointe par la délicieuse Mathilda de Angelis. Ce duo de Polaroïd m’inspira une longue errance de 3 jours sur la côte ligure du Ponant, à l’amorce aussi (restons sérieux !) de La Longue Route de Sable de Pasolini dont le récit m’avait tant ému une nuit migraineuse.
3 jours à faire danser dans une insouciance exquise mes pas à l’ombre de cette mélodie joyeuse dont l’histoire commence pourtant par une demi-orangeade abandonnée dans un frigo et dont l’amertume replonge l’autrice dans son dépit amoureux… Quanta confusione sulla litoranea (Quel désordre sur la route du rivage)
Et alors que je m’étais trouvé, à la verticale de San Lorenzo al Mare, un transat de granit face au « sourire innombrable des flots » cher à Eschyle, occupé à déguster sur le pouce un somptueux émietté de maquereau à l’Escartefigue extrait d’un bento-bobo, je me fis soudain la réflexion amusée d’être à cet instant-là comme une authentique Midinette (dégenrée ?), ces jeunes ouvrières des ateliers de couture et de confection parisiens qui, à la fin du XIXe siècle, allaient faire leur « dinette » (du nom de la boite à nourriture) de « midi » dehors à cause des odeurs de nourriture qui risquaient d’imprégner les textiles délicats qu’elles travaillaient.
De jeunes ouvrières perçues comme des symboles d’inconstance marivaudée qui allaient pourtant se mettre en marche en 1903 (sous la forme d’une course chaotique – « un effroyable bordel », rapporte le Gaulois du 26 octobre) et surtout en 1917 où, à plus de 2000, elles s’élancent sur le pavé pour demander – et obtenir 2 semaines plus tard – une journée et demie de repos sans amputation de salaire. Ainsi la frivolité écervelée trempée à l’eau de rose affirmait au fruit de leurs pas, l’avant-garde d’un prolétariat féministe…
De là à me remettre en marche ?
Sources : Retronews, le site de presse de la BNF – Bernard Lamailloux

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